INTEGRATION SCOLAIRE

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Promouvoir l'inclusion
et
les stratégies pratiques pour la classe
.

intervention de Frances James au colloque INRP des 26 et 27 Avril 2000,

avec l'autorisation de Frances James (merci à elle)

 

Il est maintenant largement reconnu que si les élèves avec des besoins éducatifs doivent être inclus avec succès dans des écoles pour tous, il doit y avoir un changement radical par rapport à la vision traditionnelle de l'éducation des élèves avec une variété de besoins éducatifs spéciaux. Sur le fond, le changement consiste à passer de la centration sur les difficultés de l'enfant à la façon dont les facteurs propres à la classe peuvent être adaptés pour répondre à la diversité de la population scolaire. C'est pour cette raison que je désire me centrer, dans cette présentation, sur les stratégies pratiques qui peuvent être adoptées par les professeurs pour faciliter l'inclusion des élèves avec des besoins éducatifs spéciaux. Avant, toutefois, de m'engager sur les approches pratiques, je considère qu'il est important d'explorer le cadre de travail théorique d'une façon un peu plus détaillée.

 

La question de la différence entre l'intégration et l'inclusion a été largement débatue. La différence est-elle purement sémantique ou les deux termes représentent-ils deux approches fondamentalement différentes de l'éducation des élèves ayant des besoins éducatifs spéciaux ? Une des personnes qui a contribué à ce débat en apportant la plus grande clarté est Gordon Porter, Directeur de l'école des études à New Brunswick au Canada. Il a proposé un schéma permettant la distinction entre l'approche traditionnelle ou d'intégration et l'approche d'inclusion.

Approche traditionnelle

Approche inclusive

- Centration sur l'élève

- Centration sur la classe

- Assessment (bilan) de l’élève par le spécialiste

- Examen des facteurs d'enseignement et d'apprentissage

- Diagnostic et prescriptions

- Résolution de problèmes en collaboration

- Programme pour l'élève

- Stratégies pour l'enseignant

- Orientation permettant d’effectuer le curriculum

Adaptation de la classe pour apporter un soutien

Dans l'approche traditionnelle la centration est sur l'élève et ses difficultés et, on voudrait espérer, ses capacités. Ces difficultés sont diagnostiquées par un spécialiste qui alors prescrit un programme d'intervention approprié aux besoins de l'élève. L’orientation de l'élève est déterminée par l’endroit où le curriculum peut être effectué.

Quand on considère le modèle d'inclusion, la centration se déplace de l'élève à la classe et les questions qui sont posées sont en rapport avec l'enseignement et l'apprentissage dans la classe et la façon dont les facteurs en relation avec l'enseignement et l'apprentissage peuvent être adaptés pour permettre la participation maximale des élèves. Les réponses seront les stratégies que les professeurs peuvent adopter. Elles seront vraisemblablement plus efficaces si le professeur s'est activement impliqué dans le développement de ces stratégies. Dans le fond, la question posée par le modèle traditionnel est : l'enfant est-il assez bon pour l'école ? Alors que la question posée par l'inclusion est : l'école est-elle assez bonne pour l'enfant ?

Le développement de classes adaptées et apportant des réponses est un challenge considérable pour les professeurs, particulièrement, si comme au Royaume Uni, il y a une pression nationale pour élever les normes de niveaux scolaires. Les professeurs peuvent voir l'inclusion d'un élève avec des besoins complexes dans leur classe comme un fardeau supplémentaire, qui les détourne de leur centration première sur les besoins de la majorité des élèves. Il y a, de toutes façons, un corpus de recherches important qui montre qu'une école inclusive est, en fait, une bonne école pour tous les élèves. A la réflexion, ce n'est guère surprenant car on pourrait s'attendre à ce qu'une école qui accueille des élèves à besoins éducatifs spéciaux de sa communauté locale soit une école qui a une vision positive de tous les élèves. On trouvera dans de telles écoles des professeurs qui ont les compétences pour évaluer les besoins de tous leurs élèves, pour planifier le travail comme il convient, faire travailler le curriculum, puis évaluer les réponses des élèves, et ces savoir faire sont au coeur d'un bon enseignement.

Les stratégies pratiques que je souhaite explorer avec plus de détails sont, de ce fait, liées aux aspects clés qui suivent :

 

1 - "Assessment" (bilan)

Comme nous l'avons noté plus haut, l'approche traditionnelle de l'assessment des élèves aux besoins éducatifs spéciaux découle du diagnostic de ce qui n'allait pas chez l'élève. Ces diagnostics informent rarement les professeurs de ce qu'ils pourraient faire dans la classe et, on pourrait en discuter, donnent aux enseignants des arguments justifiant que l'intégration dans une école pour tous n'est pas appropriée ou est vouée à l'échec. Dans un modèle inclusif, la centration sur l'assessment se déplace vers la classe et les manières d'identifier des stratégies d'enseignement qui permettent à tous les élèves d'avoir accès avec succès au curriculum. Cette approche supprime la nécessité de se servir des bilans traditionnels associés aux élèves avec besoins d'éducation spéciaux et des tests standardisés et normatifs.

L'assessment le plus important devient celui qui est basé sur l'observation. Les observations se centrent sur la réponse des élèves aux différentes stratégies d'enseignement. En se servant de cette technique, il est possible d'identifier les facteurs qui favorisent ou empêchent l’apprentissage des enfants.

 

Il est possible d'avoir une vue plus étendue sur les facteurs qui permettent d'améliorer les apprentissages des élèves en les interrogeant. Dans un projet dans le Suffolk, on a posé des questions à des élèves avec des difficultés d'apprentissage sur ce qui rendait l'apprentissage intéressant et facile. Ils étaient capables de préciser assez spécifiquement ce qui dans les leçons posait des barrières à l'apprentissage. Les élèves trouvaient l'apprentissage plus difficile quand le professeur :

 

Il faut reconnaître que les élèves avec des besoins éducatifs spéciaux forment un groupe varié et donc ces facteurs ne sont pas valables pour tous les élèves. Il y a toujours un danger de voir les élèves à besoins éducatifs spéciaux comme un groupe homogène et c'est leur individualité qui présente un challenge au professeur !

Un autre aspect important de l’usage de l'observation comme l'outil clé de l'assessment est qu'il promeut une façon de travailler en consultation et collaboration entre le professeur et l'observateur. Une fois que l'observation est terminée, il est important que ce qu'on en retire soit partagé avec le professeur pour permettre une discussion active, qui se centre sur l’élaboration d’approches permettant aux élèves d'avoir un accès maximum au programme. Par exemple, si l'observateur s'aperçoit que l'attention d'un élève décroche après cinq minutes de l'introduction du professeur, que pourrait faire le professeur ? Certaines solutions se suggèrent d'elles mêmes, couper l'introduction en segments plus courts, vérifier la compréhension des élèves en les questionnant pendant l'exposition, demander aux élèves de démontrer certains aspects de ce qui a été expliqué, se servir de moyens visuels comme support à l'introduction, etc....

L'avantage d'utiliser une approche de résolution commune de problèmes est qu'il y a plus de chances que le professeur donnera suite aux stratégies s'il a été impliqué dans leur développement. Le professeur peut résister à suivre les conseils de l'expert. Il peut se sentir dépossédé par l'expert ou se demander ce que l'expert connaît à propos de la réalité de l'enseignement d'un élève avec des difficultés importantes dans une classe de 25 autres élèves. Cela ressort particulièrement quand l'expert fait un bilan individuel en dehors de la classe.

 

2 - Planification des activités et façon de conduire la leçon

Pour le planification d'une leçon le professeur prendra en compte un certain nombre de facteurs. Ces facteurs peuvent comprendre :

 

Les bons professeurs prendront en compte ces facteurs dans toutes leurs leçons mais ils sont particulièrement pertinents quand ils planifient une leçon efficace pour des élèves à besoins spéciaux. L'essentiel d'une bonne planification se trouve dans la détermination d’objectifs d'apprentissage appropriés. Les objectifs sont ce que les élèves doivent savoir, comprendre ou pouvoir faire à la fin d'une leçon ou unité de travail. Il est évident que certains élèves seront capables d'atteindre des objectifs d'apprentissage plus complexes que d'autres et la plannification des professeurs doit prendre en compte les différentes capacités des élèves dans la classe. Pour favoriser le processus de planification, il sera plus facile que les professeurs commencent par décider quel est l'objectif minimum et ce que tous les élèves doivent savoir à la fin de la leçon. Une fois que cela a été décidé, le professeur peut déterminer d'autres objectifs qui s'étendront à la majorité des élèves dans la classe. Pour être sûr que l'on offre aux élèves les plus capables des objectifs suffisants, le professeur doit aussi prévoir quelques objectifs supplémentaires.

 

Il est probable que la majorité des élèves réussiront à atteindre l’objectif minimum d'apprentissage avec une relative facilité mais le professeur aura besoin de donner un certain nombre d'activités pour renforcer et clarifier l'objectif de base pour les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage .

 

Tous les élèves et les adultes ont un style d'apprentissage préféré. Il faut reconnaître que les professeurs aussi ont un style d'enseignement préféré. C'est dommage qu'ils ne se correspondent pas toujours ! Les professeurs doivent varier leur style d'enseignement pour s'adapter à la diversité des styles d'apprentissage de leurs élèves et pour être sûr que celui qu'ils adoptent convient aux objectifs. En d'autres termes, le style d'enseignement doit être approprié au contenu et aux objectifs de la leçon. Quelques élèves réagissent à une instruction directe, d'autres apprennent mieux à travers un travail d'investigation, et d'autres réagissent particulièrement bien à un apprentissage réflexif.

Un facteur important à prendre en compte quand on planifie une leçon est la vitesse à laquelle le contenu sera délivré. Des élèves avec des difficultés d'apprentissage peuvent être rapidement perdus si la vitesse est trop rapide. Ils auront besoin d'occasions de répéter et de renforcer leur apprentissage. Cela doit être mis en balance avec le besoin de s'assurer qu'on ne leur propose pas un enseignement ennuyeux et sans challenge.

 

L'une des barrières les plus significatives à l'apprentissage est souvent le langage utilisé par les professeurs. Les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage ont fréquemment des difficultés spécifiques au niveau de leurs compétences langagières de compréhension et d'expression. Les professeurs doivent être sensibles à la diversité du vocabulaire choisi et aux structures qu'ils emploient. Si un professeur se rend compte que les élèves ont des compétences de langage plus limitées ils peuvent adopter un certain nombre de stratégies. Par exemple :

 

La prépondérance de l'écrit dans l'instruction traditionnelle peut souvent exclure des élèves de l'apprentissage. Les professeurs deviennent plus experts à présenter le travail d'une manière accessible aux élèves avec une diversité de difficultés d'apprentissage et ils sont plus sensibles au haut niveau de compétences de lecture et d'écriture que requièrent de nombreux textes standard. Il y a de nombreuses façons que les professeurs peuvent utiliser pour réduire considérablement la complexité du texte qu'ils présentent aux élève et donner des aides, comme les images. Se servir d'un système de symboles établis pour aider les élèves avec des difficultés plus complexes de lecture ou des difficultés d'apprentissage plus générales peut apporter beaucoup.

 

Les professeurs doivent aussi s'interroger sur les exigences vis à vis des élèves quand ils évaluent leur travail. L'évaluation du travail peut présenter un challenge très important pour certains élèves. Les élèves peuvent comprendre le concept sous-jacent de l'activité mais être incapables de démontrer cette compréhension sur papier. Il est important de noter qu'il n'est pas toujours nécessaire d'écrire un bilan complet du travail, dans une forme de rédaction traditionnelle. Le professeur doit considérer le but de l'évaluation et l'objectif clé d'apprentissage pour l'activité. Dans une leçon de français, l’objectif d'apprentissage central peut être une bonne structure de phrase, une ponctuation correcte et la construction d'un passage cohérent, mais pour les autres sujets une liste ou un plan de travail peut être le moyen d'évaluation le plus approprié. Des idées pour l'évaluation de travail :

 

Donner des ressources appropriées est une des manières les plus efficaces et utilisées pour s’assurer que les élèves à besoins éducatifs spéciaux peuvent réussir. De simples adaptations de l'équipement de base de la classe peuvent faire une différence appréciable pour un élève. Par exemple une variété de tailles de papier devrait être possible dans la classe. Des élèves avec de plus faibles compétences en lecture-écriture peuvent être découragés quand on leur présente un papier de grande dimension ou une page à remplir. Le professeur peut souhaiter donner à l'élève une plus petite page ou une page déjà partiellement remplie, proposer de remplir une page avec des images. On sait à présent que certains élèves trouvent l'utilisation de papier blanc pour lire ou écrire inconfortable parce qu'il provoque un éblouissement. Certains élèves disent qu'il leur semble que l'impression noire sur blanc bouge. Certains professeurs donnent un papier avec une variété de tons pastels pour que les élèves choisissent ce qui leur semble le plus confortable.

 

Le professeur devrait aussi considérer le matériel de la classe et se demander si les élèves trouvent cela plus facile d'écrire sur une surface inclinée. Les élèves à faible coordination peuvent trouver plus facile d'écrire avec un crayon plus épais ou de se servir d'un crayon à prise adaptée. Avoir une large variété de ressources pour l'apprentissage procure des supports différenciés. Les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage peuvent trouver les concepts abstraits plus stimulants et donc réagir à des ressources pratiques et concrètes qui illustrent le concept. Des exemples de telles ressources comprennent :

 

Le développement dans la technologie de l’information offre des occasions vraiment passionnantes pour les professeurs pour répondre aux différents besoins des élèves dans leurs classes. Le traitement de texte était primitivement utilisé pour permettre aux élèves d'améliorer la qualité de présentation de leur travail mais les programmes de traitement de texte deviennent incroyablement plus flexibles. De nombreux programmes permettent aux professeurs de construire un recueil de mots en bas de l'écran. Ils peuvent être faits sur mesure pour les besoins spécifiques des élèves et certains élèves n'auront besoin que des mots du sujet spécifique, d'autres auront besoin d'un vocabulaire plus large comprenant des mots courants. Changer la taille de l'impression sur un programme de traitement de texte est une manière simple mais efficace de différencier les attentes qu'un professeur a de la quantité de travail écrit des différents élèves. On sait aussi que les élèves à plus faible compétence en lecture-écriture trouvent une impression plus grosse plus facile à lire.

 

Les programmes de traitement de texte qui comprennent la parole donnent aux élèves à plus faible compétence en lecture-écriture la possibilité de vérifier leur travail et d'avoir une plus grande indépendance. La technologie associée à des programmes avec la voix est déjà un grand soutien pour des élèves.

 

L'influence du groupe de pairs peut avoir un impact à la fois positif et négatif pour les élèves. Les élèves peuvent s'apporter une aide mutuelle, et organiser la classe en groupes de niveaux mélangés, particulièrement lorsque chaque élève a un rôle clair au sein du groupe, est une stratégie utile pour certaines leçons. Les élèves à difficultés de comportement ou émotionnelles ou qui ont des difficultés d'attention peuvent trouver difficile de travailler avec les autres. Ils peuvent aussi avoir un impact négatif sur l'apprentissage des autres. Si c'est le cas, le professeur devra penser à la disposition dans laquelle les élèves sont assis et à des façons d'encourager un travail plus indépendant.

 

Au coeur d'une approche inclusive se trouve la valorisation de la diversité de la population d'élèves et cela implique la reconnaissance du travail des élèves qui n'atteindront jamais ce que nous attendons d'élèves d'un âge similaire. Il est important que les professeurs montrent leur reconnaissance et leur plaisir dans tout le travail des élèves. On peut argumenter sur le fait que les élèves à besoins éducatifs spéciaux demandent plus de renforcement et de feedback que les autres élèves. Ce renforcement devrait être spécifique et permettre aux élèves de construire à partir de leurs réalisations, aussi minimes soient-elles.

 

3 - Évaluation

Les meilleurs professeurs sont des praticiens réflexifs. Ils évaluent leur leçon et réfléchissent à ce qui a été efficace et aux aspects de la leçon qui n'ont pas fonctionné aussi bien. Une partie importante de cette réflexion se passe pendant la leçon et se base sur les réactions des élèves à certaines stratégies.

La clé de l'évaluation est cependant : est-ce que les élèves ont réussi les objectifs d'apprentissage fixés ? Si les élèves n'y parviennent pas, le professeur doit considérer ce qui a empêché les élèves. Les objectifs étaient-ils trop ambitieux ou le style d'enseignement était-il inapproprié ? Y avait-il des ressources d'apprentissage suffisantes et accessibles ? Le professeur doit aussi réfléchir si les élèves ont atteint l'objectif d'apprentissage trop facilement. Tous les élèves réagissent au challenge et le professeur doit s'assurer qu'il a des attentes de niveau suffisamment élevé pour tous les élèves.

 

L'évaluation devrait informer le professeur sur la plannification à adopter pour les leçons suivantes.

 

Conclusion

Il serait fou de nier les challenges que présente l'inclusion mais ce n'est pas un nouveau challenge. Si nous voulons promouvoir l'inclusion, il est nécessaire de valoriser un bon enseignement et les voies par lesquelles les meilleurs professeurs sont attentifs aux besoins de tous leurs élèves. Les meilleurs professeurs sont ouverts à de nouvelles approches et souhaitent travailler avec d'autres, ils réfléchissent à leur propre travail et ont des attentes de niveau élevé par rapport à leur travail et à de celui des élèves.

 

Il y a un besoin de démystifier les besoins éducatifs particuliers et de s’assurer que la réponse aux différents besoins des élèves est dans la classe et non dans le cabinet de consultation.

 

Frances JAMES

Special Education Manager - Suffolk County Council

Traduction : Michel Villain

 

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