INTEGRATION SCOLAIRE

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L'enfant handicapé à l'ecole

De la bonne volonté au droit

avec l'autorisation de l'auteur et d'Iris Initiative

Article de Sophie Pillods

paru dans la revu Le chemin d'IRIS N°11 Septembre 2000

IRIS INITIATIVE

L'intégration scolaire n'apparaît pas comme un droit mais comme une tolérance. " Mon fils est infirme moteur cérébral.Je pensais le scolariser dans l'école où se trouve son grand frère. La directrice m'a dit : Allez voir dans le privé ou dans les centres spécialisés (J'ai trouvé une école qui voulait bien l'accueillir mais uniquement quatre heures par semaine. une sorte de période d'essai. Il a fallu que la neuropédiatre qui le suivait se déplace pour leur expliquer qu'avec une telle intégration on allait lui provoquer des problèmes psychologiques ( .. ) Après un mois, il est passé à huit heures par semaine.Il fallait que je vienne le chercher juste avant la récréation. C'était dramatique, il ne comprenait pas pourquoi.. " raconte Anne dont le fils est aujourd'hui scolarisé en maternelle avec un auxiliaire d'intégration scolaire. Florence, elle, se souvient de l'année où elle a inscrit son fils qui souffrait d'un retard psychomoteur à l'école maternelle à côté de chez elle, " la directrice était d'accord. Mais une semaine avant la rentrée j'ai reçu une lettre m'expliquant que l'instituteur ne souhaitait pas accueillir mon fils ", quelques années plus tard elle repart à la recherche d'un établissement pour que Jean effectue des études secondaires. " Dans le collège à côté de chez moi, la sous-directrice a osé me dire : " on accueille dejà les petits noirs on ne va pas en plus accueillir les handicapés "

 

Cela demande du temps, du travail, du suivi

A écouter les parents d'enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire, on se dit parfois qu'ils doivent exagérer, qu'écorchés vifs il rajoutent et sont un peu paranoïaques. Mais le rapport sur l'accès à l'enseignement des enfants et adolescents handicapés" de mars 1999 fait conjointement par l'Inspection générale des Affaires sociales et l'Inspection générale de l'Education nationale, confirme leurs propos. " l'intégration scolaire est encore aujourd'hui peu développée sur l'ensemble du territoire. Dans les pratiques, elle n'apparaît pas comme un droit, mais plutôt comme une tolérance qui n'est pas répandue uniformément dans l'ensemble des établissements scolaires (…) Le fait qu'elle soit soumise à la bonne volonté des directeurs d'établissements ou des enseignants entraîne des ruptures de scolarité pour des jeunes déjà intégrés. " C'est ainsi qu'une directrice d'école maternelle accueillant pourtant un enfant lourdement handicapé dans son école peut en toute légitimité expliquer : " J'ai refusé récemment d'accueillir un enfant trisomique à l'école. Cela demande du temps, du travail, un suivi (…) et puis je ne peux pas intégrer un enfant handicapé si les parents ont d'emblée une méfiance vis à vis de l'école (…). "

Nous ne sommes en effet pas dans le domaine du droit mais dans celui de la bonne volonté, quand ce n'est pas de la charité. Les parents doivent être reconnaissants et remercier l'équipe d'accueillir leur enfant.

Le corps enseignant a néanmoins des circonstances atténuantes, et non des moindres, pour réagir de cette manière. il rencontre des parents qui meurtris par les humiliations et les refus déjà subis, n'ont "plus envie d'arrondir les angles".

 

Peur de la différence, peur de devoir modifier sa pédagogie, peur d'être mis en échec.

De plus, accueillir un enfant handicapé implique de trouver les financements pour rendre accessibles les bâtiments scolaires, de se battre pour que la collectivité territoriale achète le matériel nécessaire à une bonne scolarité de l'enfant : ordinateurs pour les enfants ne possédant pas une motricité fine, blocs?notes braille, ... Ce matériel est habituellement pris en charge par la sécurité sociale lorsque l'enfant est scolarisé dans un établissement spécial se, mais non lorsque celui?ci est intégré en milieu ordinaire. De même, pour que l'intégration se passe bien tant au niveau de l'élève que des enseignants, il faut parfois mettre en place des aides humaines pour éviter des situations à la limite de la maltraitance. Le fils de Françoise est myopathe mais a toujours été scolarisé : " A l'école primaire, il rentrait déjeuner à la maison. Comme il n'y avait personne pour s'occuper de Frédéric il lui arrivait souvent de revenir plein d'urine mais malgré tout, Frédéric voulait absolument continuer à aller à l'école ". il y a aussi, les intégrations qui se passent bien mais qui demandent à l'enseignant un dévouement tel qu'il nécessite d'être un militant de l'intégration scolaire des enfants handicapés.

" Une institutrice âgée a accepté de prendre Jean dans sa classe. Elle le portait car il ne marchait pas. (…) En CE2, sa maîtresse l'accompagnait à la cantine pour lui couper sa viande " se souvient Florence.

Et puis le frein, peut être le plus important, reste la peur. Peur de la différence, peur de devoir modifier sa pédagogie, son comportement, peur d'être mis en échec et cette peur est d'autant plus forte que les enseignants ne recevaient jusqu'à cette année, qu'une sensibilisation aux élèves handicapés d'une durée moyenne de 10 heures.

Si le système fonctionnait correctement, cette peur devrait être largement atténuée par les rencontres avec les professionnels du soin s'occupant de l'enfant. En effet, lorsqu'un enfant handicapé est intégré à l'école, on élabore pour lui un projet individuel en présence de l'ensemble des personnes qui interviennent à un titre ou à un autre dans la scolarité de celui?ci (parent, enseignant, chef d'établissement, médecin, psychologue, rééducateurs, ... ). Ces personnes se retrouvent en général trois fois dans l'année pour discuter de l'enfant. Mais pour que ces réunions soient vraiment efficaces, il faut qu'il existe une véritable coopération entre services de soins et institutions scolaires tout au long de l'année. Dans les faits, le dialogue entre l'Education nationale et les Affaires sanitaires et sociales s'avère malheureusement très difficile.

 

Ne pas perdre" l'accueil des cas "légers", source d'équilibre de leur budget.

Comme le constate le rapport, " dans plus de la moitié des départements visités, les relations institutionnelles entre l'inspecteur d'Académie et le directeur des Affaires sanitaires et sociales étaient faibles, ce qui entraîne un manque de concertation dans l'intérêt des jeunes handicapés ) On constate aussi sur le terrain un manque de services d'accompagnement, de services de soins et d'éducation spécialisée qui ont pour but de soutenir l'intégration des enfants dans le milieu scolaire le plus proche de leur domicile.

L'intégration scolaire en milieu ordinaire serait aussi freinée par certains établissements spécialisés qui font parfois pression sur les commissions d'orientation (CCPE, CCSD) pour ne pas "perdre" l'accueil des cas "légers", source d'équilibre de leur budget. C'est en fait l'offre de places en établissement, et non le besoin spécifique de l'enfant, qui détermine les modalités de scolarisation" comme le souligne le rapport.

C'est peut être en partie pourquoi, les parents ont si peur quand leurs enfants passent en commissions de circonscription (CCPE/CCSD). Car contrairement à ce qui est écrit dans les textes, ils n'auront que rarement droit à la parole et s'ils osent demander une audition, leurs témoignages sont édifiants : " je suis passé devant un tribunal, on a interné mon enfant ".

Ces paroles ont été entendues à la cellule d'écoute Handiscol'*. Sophie, l'une des écoutantes explique que les parents qui appellent " se sentent dépossédés de l'avenir de leur enfant et de leur rôle de parents au profit d'une administration qui n'applique pas les règles du jeu ". Et ne parlons pas de ceux, dont personne n'entendra jamais parler car ils n'ont pas su à qui s'adresser, à qui se confier pour que leur enfant bénéficie d'une intégration scolaire, ne serait?ce qu'en maternelle. Comme le souligne une mère d'un enfant dysphasique, " si nous n'avions pas su tirer les ficelles pour savoir où s'adresser, si nous n'avions pas su nous exprimer correctement, si nous n'avions pas osé répondre avec autorité à la secrétaire de CCPE, notre enfant ne serait plus scolarisé. Ma révolte est là, tout le monde n'a pas la chance de savoir se battre. L'école encore une fois reproduit les inégalités sociales "

 

Sophie Pillods

 

*cellule d'écoute Handiscol' : N° Azur 0801 55 55 01

à la disposition des parents et des enseignants pour les écouter et les informer sur l'intégration scolaire.

 

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